La redécouverte d’un maître oublié du cinéma japonais.
un film de Tomu Uchida.
Dans l'immédiat après-guerre, un prêteur sur gages d'Iwanai (Hokkaido) est assassiné avec toute sa famille. Le même jour, un terrible naufrage a lieu au large de Hakodate, le port que les criminels ont rejoint pour franchir le détroit. Un seul survivra à la traversée; il rencontrera ensuite Yaé, une prostituée qui couvrira sa fuite. Celle-ci le retrouve fortuitement dix ans plus tard. Mais l'homme, devenu entre-temps un industriel respectable, est embarrassé par la réapparition de Yaé, la dernière trace de son passé.
Tomu Uchida est le moins connu, en Occident, des grands cinéastes japonais. Il a pourtant fait l'âge d'or du 7e art de son pays aux côtés de Kurosawa, Mizoguchi, Ozu et Naruse. Disciple du rénovateur Thomas Kurihara (formé à Hollywood) et de l'écrivain Jun'ichiro Tanizaki (qui était aussi scénariste), Uchida s'est imposé avec ses films de samouraïs novateurs privilégiant la psychologie (Le Mont Fuji et la lance ensanglantée), et ses transpositions flamboyantes du théâtre classique, notamment le kabuki (Meurtre à Yoshiwara). Mais c'est avec un sujet contemporain, Le Détroit De La Faim, qu'il donnera toute la puissance de son style réaliste : ce film noir aux accents naturalistes relatant la tragédie de l'après-guerre est un monument de mise en scène. Cinéaste de la vitalité et de la modernité et 5e grand du cinéma de studio, Uchida n'avait jamais été distribué en France. Une injustice que se devait de réparer la collection des Introuvables.