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Le début de l’aventure
Avant que les acteurs-scénaristes Alice Lowe et Steve Oram ne prennent la route, ils se sont glissés dans la peau de Tina et Chris. Ils ont passé plusieurs années à mettre au point leurs personnages, d'abord au théâtre, puis comme protagonistes dans un pilote pour la télévision.
Alice raconte : " Steve et moi faisons des one-man-shows et nous nous sommes rencontrés sur scène alors que nous jouions ensemble une pièce comique intitulée 'Ealing Live'. Nous sommes tous les deux originaires des Midlands et nous avons évoqué nos vacances passées en famille, puis nous nous sommes mis à parler comme si nous étions déjà les personnages du film".
Steve ajoute : "Nous avions en tête les personnages avant même de savoir ce qui allait se passer. Il s'agissait d'amoureux de caravaning, de banlieusards vivant à Redditch. Cela nous amusait de les faire parler de choses banales, alors qu'ils se débarrassaient dans un même temps de leurs victimes coupées en morceaux. L'idée qu'ils soient en vacances, et qu'au cours de leur périple ils alternent visites de musées et meurtres, nous amusait beaucoup !"
Alice renchérit : "Ensuite, nous avons joué les deux personnages sur scène; puis nous avons proposé ce projet à la télévision. Nous avons façonné des personnages à notre image - à l'exception de leurs pulsions criminelles, même s'il est vrai qu'il m'arrive de perdre mon sang froid quand je suis en manque de thé ! Nous avons donc soumis un pilote à la télévision (que Paul King a réalisé) mais toutes les chaînes l'ont refusé car elles le jugeaient 'trop lugubre' !"
Gardant espoir, ils se sont accrochés à leur projet. Après quelques nouvelles initiatives et quelques changements, le film est revenu dans la course, plus ambitieux et plus prometteur qu'un simple téléfilm : "Nous pensions vraiment avoir fait un travail de grande qualité, et que cela valait le coup de poursuivre dans cette voie. Nous avons alors mis le pilote sur Internet", reprend Alice.
Elle poursuit : "J'ai envoyé le lien à Edgar (Wright), avec lequel j'avais travaillé sur HOT FUZZ et il a immédiatement perçu le potentiel du film. Il nous a conseillé de l'envoyer à la productrice Nira Park, à qui l’on doit SHAUN OF THE DEAD et Big Talk Pictures a pris une option sur le scénario. Nous avons eu beaucoup de chance d'avoir leur soutien. C'était un partenariat de rêve de travailler avec les gens qui avaient produit ce que beaucoup considèrent comme la meilleure comédie macabre anglaise.
L'implication d'Edgar, producteur exécutif de TOURISTES, a été extrêmement précieuse".
Le réalisateur Ben Wheatley et ses fidèles producteurs Claire Jones et Andy Starke (Rook Films) étaient tout aussi enthousiastes à l'idée de travailler avec une société ayant déjà connu le succès que l'on sait. Wheatley remarque : "Avec Big Talk, on sait qu'on travaille avec des experts du genre, étant donné le succès de leurs films précédents, et c'est toujours un plaisir de travailler avec Nira et Edgar".
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Le travail sur les personnages
Après avoir bouclé le budget du film, il a fallu développer le scénario et trouver un réalisateur capable de mettre en scène le fonctionnement du couple Alice et Steve. Tout d'abord, il était nécessaire d'effectuer un travail de recherches pour comprendre ce qui se passe dans la tête des couples de serial killers.
Alice explique : "Nous sommes devenus presque fous à force de regarder, de lire et d'absorber toutes sortes d'informations concernant les serial killers. J'aime me considérer comme une criminologue semblable à Morgan Freeman dans LE COLLECTIONNEUR, où il est sur le point de basculer dans la folie, plombé par le poids de ses connaissances. J'exagère peut-être mais c'est vraiment bizarre de lire un bouquin sur Denis Nilsen dans le métro".
"Nous avons fait deux voyages pour nos recherches à travers le Royaume-Uni", ajoute-t-elle. "Nous nous sommes glissés dans la peau des personnages, tandis qu'un cadreur filmait tout ce qui se passait. Ça nous a rendus presque dingues ! Et au cours d'un de ces deux périples, Steve et moi-même avons partagé une caravane. Notre relation s'est renforcée, rendant notre couple de fiction plus fort – et je sais à présent à quel point il peut être agaçant !"
Steve note : " Film4 nous a donné un peu d'argent pour voyager en caravane et visiter les sites touristiques du Lake District. Mon père avait indiqué tous les lieux essentiels – le musée des tramways, le musée des crayons, le viaduc de Ribblehead etc. –qui se trouvaient sur notre route et qu'on voit dans notre film. Ainsi, Alice et moi avons passé la semaine entière dans la peau des personnages de Tina et Chris. A partir de là, nous avons commencé à sentir ce qu'allaient être les scènes principales. Et nous avions aussi une idée plus précise de l'endroit où elles pourraient se dérouler. Nous avons tellement improvisé que je me suis mis à rêver comme si j'étais Chris. Après le voyage, nous avons écrit trois versions en près de trois ans, à chaque fois relues et annotées par FILM4".
Il était temps qu'Alice et Steve trouvent un réalisateur capable de tirer le meilleur de leur projet pour le porter à l'écran. Entre alors en scène Ben Wheatley, étoile montante et talentueuse du jeune cinéma anglais – DOWN TERRACE et KILL LIST –, ayant déjà réalisé deux films originaux et très remarqués.
Ben raconte : "J'ai eu un rendez-vous chez Big Talk et ils m'ont dit qu'ils avaient un scénario : TOURISTES. Je savais que c'étaient Alice et Steve qui l'avaient écrit, et j'ai donné mon accord sans le lire car je les connaissais et souhaitais travailler avec eux. J'avais déjà collaboré avec Alice et Steve sur un pilote pour la télévision, 'Wrong Door’. Et puis je les avais déjà vus sur scène".
Ben Wheatley continue : "Je savais qu'ils faisaient beaucoup d'impros et je n'avais pas envie de travailler dans un cadre trop rigide : j'ai compris que je pouvais modifier leur scénario car ils connaissent leurs personnages par cœur. Amy Jump, ma coscénariste et monteuse associée, a elle-même écrit des scènes supplémentaires et a inventé des personnages. De plus, elle a donné une cohérence temporelle au récit".
Alice ajoute : "Amy et Ben ont le sens des effets visuels : la première version du scénario était trop linéaire ; Ben nous a encouragés à faire des retours en arrière et à l'enrichir d'événements imaginaires et de séquences de rêves. Finalement, c'est un maître de la mystification psychologique ! J'aime beaucoup ses trouvailles car on a tendance à s'imposer des règles quand on écrit un scénario. Or, arrivé à un certain point, on a besoin d'avoir un regard neuf sur ce qu'on écrit ".
Steve reprend : "J'aime la touche poétique de Ben quand il réalise un film. On se laisse emporter, on s'abandonne inconsciemment. De plus, dans notre scénario, je crois que nos deux criminels n'étaient pas assez « aboutis ». Mais Ben leur a donné une dimension nettement plus macabre ! Il a rendu l'histoire encore plus atroce et immorale - et cela me plait... Ce qui se passe dans le film s'impose à nous ! Et Ben fait tout pour qu'aucun détail ne nous échappe !"
Les films de Ben Wheatley sont marqués par un réalisme incomparable et par un style proche du documentaire. Alice explique la manière de travailler du réalisateur : "Quant à Laurie Rose, le directeur de la photo de Ben, c'est un bonheur de travailler avec lui ! L'éclairage et les décors sont subtils et Ben nous pousse à évoluer en toute liberté, tandis que Laurie nous suit au cadre. Il travaille dans l'instantanéité et j'imagine que c'est un peu comme au théâtre. On n'a aucun moment de répit : c'est très dur et très intense avec Ben mais j'aime ça ! Et c'est tonifiant. Finalement, nous avons eu beaucoup de chance qu'il accepte de travailler avec nous car ensuite, KILL LIST, est sorti en salles au Royaume-Uni et dès lors il a été super sollicité".
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Sur la route
Il est rare qu'un film décrive la belle et grande campagne anglaise comme sait le faire TOURISTES. Au-delà de l'image d'Epinal véhiculée par le cinéma en costumes, la campagne anglaise n'est guère représentée dans les films : l'épopée meurtrière de Chris et Tina dans le nord de l'Angleterre s'inscrit dans des paysages de plus en plus vastes et ravagés qui reflètent leur état d'âme. Pour Steve Oram, les lieux de tournage exceptionnels ont réveillé des souvenirs d'enfance et de vacances.
"Passer ses vacances en Angleterre et s'y promener, c'est merveilleux", déclare Oram. "J'adore les vacances à la campagne qui font partie de mon enfance et de celle d'Alice. Il y a très peu de films qui montrent ces lieux touristiques et nous voulions les faire connaître. Certains de ces endroits étaient d'une beauté tragique. Alors pourquoi diable aller à l’étranger, quand vous avez l'Angleterre à portée de main !"
TOURISTES a un caractère presque mystique : tout en étant à la fois magique et réaliste, il évoque également le passé. Pour Ben, ce film lui a donné la possibilité de mêler modernité, comédie, et des thématiques plus générales comme le sentiment d'appartenance à une nation. "Chris et Tina regardent l'Angleterre", indique le réalisateur. "D'une certaine manière, c'est comme s'ils remontaient le temps. Ils vont dans des grottes et dans des cercles de pierres préhistoriques, ils visitent tous ces lieux et ils voient les valeurs de l'Angleterre s'effondrer. C'est un film très réaliste par de nombreux aspects, mais aussi ponctué d'instants fantastiques et psychédéliques."
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Les tueurs en caravanes
Chris et Tina sont des meurtriers et font partie de cette lignée de couples de criminels en cavale, à l'image de personnages de films mémorables comme LA BALADE SAUVAGE de Terrence Malick, BONNIE AND CLYDE d'Arthur Penn, A BOUT DE SOUFFLE de Jean-Luc Godard, et TUEURS NÉS d'Oliver Stone. Quand on les voit liquider tous ceux qui croisent leur chemin, ils nous offrent un spectacle à la fois drôle, dérangeant et immoral - mais qui pourtant nous réjouit !
"Je pense que même sans les meurtres, il y aurait eu une certaine cohérence dans le film", signale Alice. "L'histoire est celle d'un couple qui part en vacances, se dispute, est sur le point de se séparer, mais qui finalement se retrouve. C'est le quotidien de tous les couples et c'était cette histoire que nos personnages devaient vivre. Tous les individus qui croisent leur route mettent ce couple à l'épreuve. Et la manière dont ils se débarrassent de ces gens illustre leur attitude face au monde extérieur et à ses difficultés".
Doit-on s'identifier à Chris et Tina ? Les accompagne-t-on dans leur périple ou sommes-nous seulement de simples spectateurs ? Sont-ils des antihéros ou des personnages dont on se moque ?
Alice reprend : "Par certains aspects, ce film est un fantasme : comment serait le monde si les barrières morales tombaient ? Et s'il en était ainsi, j'imagine qu'on cesserait de se sentir coupable. Chris et Tina permettent au spectateur de se défaire de sa culpabilité. J'aime à penser qu'il y a une tension dramatique lorsque les gens rient. Pour moi, c'est une tragi-comédie car il y a de grands enjeux pour tous les personnages. Je pense que personne n'en sort indemne à la fin".
Steve ajoute : "Nous voulions absolument que le public soit de leur côté ! Il était essentiel qu'ils gagnent la sympathie du spectateur pour que le film fonctionne, à mon avis. Et il était aussi important qu'ils soient crédibles à la fois en tant qu'individus et en tant que couple".
Bien entendu, le cinéma nous permet d'échapper à la réalité quotidienne. Steve conclut : "Oserai-je le dire : nous avons tous envie, un jour ou l'autre, d'étriper les gens qu'on n'aime pas. Chris et Tina passent à l'acte, sèment le désordre et cela nous fait rire… mais c'est un rire jaune !"